Et si la science permettait d’accélérer la lutte contre les nuisibles ? Bon, on enfonce un peut une porte ouverte, parce que oui, quand on parle d’innovation, la science a forcément un rôle à jouer. Mais, pour autant, elle peut produire des résultats surprenants, voire carrément bluffants. C’est ainsi que la ville de Brive s’apprête à déployer plus de 10 millions de moustiques tigres sur son territoire. Pour être plus précis : des millions de moustiques tigres mâles, génétiquement modifiés, pour éradiquer la population de ces insectes en quelques mois. Un projet ambitieux, une première en France métropolitaine, qu’Interventions Nuisibles vous fait découvrir.
Des moustiques tigres génétiquement modifiés
Mais qu’ont donc de spécifique ces millions de moustiques pour être ainsi relâchés à Brive ? En fait, ces insectes sont issus d’un long processus de recherche et développement mené par la société montpeliéraine Terratis. Leur spécificité relève de la modification génétique : ces mâles, qui ne piquent donc pas, produisent en réalité des gamètes stériles. En d’autres termes, en fécondant une femelle, ils vont empêcher la ponte d’oeufs, menant donc progressivement au déclin de la population locale de l’insecte. Locale, car oui, les 400 000 moustiques relâchés chaque mois entre mai 2025 et octobre prochain ne vivent que dans un rayon de 75 mètres environ. Avec un déploiement fait à l’échelle de quelques hectares, l’impact de la solution reste donc limité à une zone test.
Des résultats déjà validés à la Réunion
Pour autant, le test s’accompagne de résultats déjà probants. Car, si Brive sera bel et bien la première commune de France métropolitaine à expérimenter cette méthode, elle fait suite à d’autres tentatives couronnées de succès. À l’étranger, mais aussi au sein du territoire français, et notamment à La Réunion, où la population de moustiques tigres est particulièrement haute. De quoi constater une diminution de 60% des insectes présents sur une zone après 12 mois d’essai, et 90% au bout de 24 mois. Impressionnant, et c’est peu dire.
Une expérimentation réduite à quelques hectares
Cependant, et comme dit précédemment, le test mené à Brive reste limité à quelques hectares. Car le budget doit aussi suivre : avec un coût de près de 1 000 euros par hectares, il serait complexe d’imaginer un déploiement à l’échelle des près de 5 000 hectares du territoire briviste, ou même des 585 700 ha couvrants la Corrèze. Pour autant, à l’issue de cette expérimentation, et selon les résultats obtenus, un élargissement de la zone de test pourrait être acté.
La Corrèze, un département fortement impacté par le moustique
Et, pour la Corrèze, cela s’apparente donc à une lumière d’espoir. Le département, particulièrement touché par le moustique tigre, a vu le nombre de communes colonisées par l’insecte augmenter de près de 30% en seulement 2 ans, entre 2022 et 2024. Soit seulement 26 des 279 communes du département, mais comptants pour plus de 47% de la population locale. C’est donc dans ce contexte, particulièrement sensible, que Brive a lancé début mai une expérimentation qui, à terme, pourrait permettre de couper net la prolifération du moustique tigre.




